Juché sur son destrier il observe au loin la haute tour du château. Là-bas elle est morte. Là-bas son souffle s'est arrêté. Sa vengeance sera terrible. Il exultait à l'idée de plonger son épée dans le corps de ce prince qui n'avait plus rien du frère qu'il avait connu jadis.
Il s'en alla rejoindre un bourg tout proche. Il laissa son cheval aux portes de la ville. C'était en fait une petite bourgade qui ne devait guère contenir plus de trois cents âmes. Il entra dans une taverne espérant y trouver son ancien maître d'arme. Il ne s'était pas tromper, l'homme était là, siégeant de tout son poids sur un petit tabouret. Le reconnaissant l'homme se leva d'un bon et alla à la rencontre du cavalier d'un air joviale. Il resta impassible, alors que son ancien ami approchait il lança d'une voix égale : « Où est parti mon frère ?
- D'aucun dit qu'il a été mandé par monseigneur votre père. N'est-ce pas également pour cela que vous revenez après une si longue absence messire ?
- Certes, laissa-t-il tomber au bout d'un moment.
- On dit que monseigneur votre père sera mort d'ici la prochaine lune et que malgré votre départ il compte vous céder le trône.
- Je sais cela. Pourquoi mon frère a-t-il fait tuer Mélusine ?
- Nul ne le sait, on raconte que même monseigneur son mari ne saurait pas ce qui a poussé votre frère à la juger ainsi. Mais que vous importe seigneur ?
- Cela m'est personnel lâcha-t-il.
- Si je puis me permettre seigneur, vous semblez de bien mauvaise humeur. »
Le cavalier fit mine de ne pas entendre la remarque et sorti sans mot dire. Au dehors le ciel était gris, la pluie avait cessé laissant place à une légère brume. Il reprit la route. Son cheval était content de pouvoir à nouveau se dégourdir, lui restait de glace. La pluie revint douce et froide battant contre les joues du cavalier. Comment son frère avait-il pu savoir ? Cela faisait si longtemps. Il se remémora l'époque où Mélusine et lui se retrouvaient à la nuit tombante au bord de la rivière. Là ils s'étaient connus, là ils s'étaient aimés. Proclamant leur amour à travers des vers et des baisers. Il se rappela sa beauté lorsque les derniers rayons du soleil tombaient sur sa chevelure d'or et que sur sa bouche s'esquissait un sourire. Mais cela ne dura pas, Mélusine dut se marier avec un comte afin de sceller l'alliance des deux familles. Elle lui avait été enlevée ! Il était parti.
Après deux jours de voyage, il arriva au château du roi. Ceint de forte muraille, il était couronné d'un haut donjon. L'agitation régnait dans l'enceinte, le peuple s'inquiétait de l'avenir de son suzerain et par là même de son propre avenir. Alors qu'il entrait, un garde l'interpella : « Monseigneur le Roi vous fait quérir à son chevet au plus tôt seigneur. »
Le cavalier acquiesça d'un signe de tête et s'engouffra dans le château. Devait la porte de la chambre royale deux soldats montaient la garde. Ils s'écartèrent immédiatement en le voyant arriver. La lourde porte de fer et de bois s'ouvrit sur son père alité aux côtés de sa mère qui semblait rongé par la peur. Son frère était là, assis aux côtés de leur mère, tout deux magnifiquement vêtus de velours et de soie. Le cavalier se tenait sur le pas de la porte sans mot dire tandis que sa cape goutait sur le plancher. Dans sons regard se lisait le mépris bien plus que la compassion. Sa famille l'épiait tel un chien observant un phénomène dépassant sa raison.
Faisait fi de toute introduction, le cavalier lança à son frère : « Pourquoi Mélusine ? »
Son puîné ne répondit rien, jetant un regard sur leur père agonisant, sans voix et fini par entrainer son frère au dehors. Là il finit par répondre d'un air hautain : « Je voulais être sûr que tu viennes, voilà tout. Je ne pense pas me tromper en disant que jamais tu ne serais venu pour notre père. Quand bien même il serait à l'agonie. »
Un éclair de rage traversa le visage du cavalier. Tout en serrant les poings, il demanda : « Pourquoi m'as-tu fais venir ?
- Je sais que tu n'as que faire du pouvoir et que le trône ne t'intéresse pas mais la coutume veut que ce soit l'ainé qui hérite du trône. Je ne peux pas prendre le pouvoir le pouvoir tant que tu seras en vie ou tant que tu n'auras pas publiquement renoncé au pouvoir. »
Il n'hésita plus, empoignant son épée, il fendit l'air en direction de son frère. Celui-ci surpris eut tout juste la présence d'esprit de se jeter en arrière. Mais le cavalier attaquait à nouveau, tentant un coup d'estoc. Le prince avait eu le temps de dégainer son épée. Les lames s'entrecroisaient quand enfin le cavalier pris l'avantage et entailla profondément le bras de son frère. Son le coup de la douleur celui-ci lâche son arme et recula. Alors qu'il allait porter le coup fatal il hésitait, stoppé dans son élan. Mais un garde ayant entendu les coups d'épée sur le rempart non loin, entrevit le cavalier lever son épée sur son seigneur et n'hésita pas. Il engagea un flèche sur son arc, le banda et lâcha la corde dans un bruit sec. Le trait fusa dans un bruit terrifiant et alla se planter dans le dos du cavalier. Il s'effondra dans un cri de douleur.